L'essthéticien de Gaëtan Picard, publié chez NUM Éditeur.

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L'ESTHÉTICIEN - RÉSUMÉ
 

Une réflexion sur la beauté doublée d’une intrigue à couper le souffle.

 

En congé forcé depuis plusieurs mois, l’inspecteur Dumoulin ne croyait pas reprendre du service de sitôt. Mais lorsqu’une série de crimes sordides frappe en plein cœur de son patelin, il se retrouve bien malgré lui en première ligne. Lancé sur la piste d’un dangereux psychopathe aux élans poétiques, il ignore alors que le plus grand danger auquel il sera confronté est inscrit dans son propre passé.

 

 

EXTRAIT

 

Sophie était une sportive dans l’âme. Elle ne faisait pas que pratiquer un sport, elle en mangeait. C’était le centre de sa vie. Son rêve de petite fille. Elle avait remporté sa première compétition de natation à l’âge de cinq ans et avait participé à quatre championnats nationaux avant d’atteindre ses quatorze ans. Et ça, seulement en rêvant d’être la meilleure.

 

Déjà toute jeune, elle avait appris à travailler avec acharnement pour obtenir les meilleurs résultats. Ballet, musculation, aérobie, la nageuse ne négligeait rien pour améliorer ses performances. Son zèle embêtait ses consœurs qui enviaient son succès et sa beauté. Mais la jolie brunette connaissait sa valeur et ne s’en laissait pas imposer. Lorsqu’elle posait le pied à terre, même ses entraîneurs l’écoutaient.

 

Son caractère bouillant ne faisait peut-être pas l’unanimité, mais tout le monde s’entendait pour dire que Sophie était une athlète très douée. Personne, même en privé, n’osait le contester. Elle possédait un talent naturel doublé d’une volonté de fer. Supportée par des parents dévoués, elle était destinée à un brillant avenir. Dans le milieu, on la qualifiait d’espoir olympique et la première place du podium semblait à portée de main. Mais une banale blessure lors d’un entraînement était venue tout changer. Une déchirure du cartilage de l’épaule gauche l’avait contrainte à abandonner la compétition. C’était son plus grand regret. Une déception sans nom pour une compétitrice de son calibre. Elle avait conservé toutes les médailles et les photos de ses exploits, et les consultait régulièrement. C’était tout ce qu’il lui restait d’une autre vie dont elle ne voulait rien oublier.

 

Toujours en quête de nouveaux défis, Sophie ne s’était pas laissée aller à la déprime. Elle s’était relevée, comme une vraie battante. Elle s’était impliquée dans le bénévolat, avait suivi des cours de secourisme et travaillé auprès des handicapés. Elle avait comme un désir inné de mettre de l’ordre dans le chaos qui l’entourait. À ses yeux, le monde manquait cruellement de discipline et elle tenait à faire sa part pour y remédier. Mais comme il lui fallait également gagner sa vie, elle avait décidé de se lancer en affaires. Rien de moins.

 

Sa meilleure amie était coiffeuse et l’avait encouragée à faire le saut.

— Le plus dur dans ce métier, c’est de rester debout toute la journée. Mais toi, avec tes jambes... lui avait-elle dit en enviant sa musculature de rêve.

 

Sophie se laissa tenter par l’expérience et s’avéra, encore une fois, très douée. Coiffer n’était pour elle qu’une autre façon de mettre de l’ordre autour d’elle, de faire échec au chaos. Elle assimila en peu de temps les techniques que son amie lui enseignait et, comme en tout ce qu’elle entreprenait, dépassa bientôt son maître. Il n’en fallait pas plus pour la convaincre de se lancer dans l’aventure.

 

Elle s’investit dans son projet de la seule façon qu’elle connaissait, c’est-à-dire sans compter temps et efforts. Bien servie par les talents d’un père bricoleur, Sophie décida de transformer la moitié de son logement en un coquet petit salon de coiffure. La future entrepreneure voyait à tout : le type de lavabos, le carrelage du plancher, l’emplacement des prises électriques, le style des poignées d’armoires, la couleur des murs, tout. Elle exigeait ce qu’il y avait de mieux et n’acceptait aucun compromis. Son pauvre père avait failli en perdre la tête mais, au final, le salon de Sophie lui ressemblait. Le petit local était très fonctionnel, pour ne pas dire performant, et faisait sa fierté. La belle en prenait soin comme la prunelle de ses yeux.

 

Sophie bâtit sa clientèle en faisant de la publicité auprès des clubs sportifs. Le bouche à oreille fit le reste. Dès que les clientes franchissaient la porte de l’Olympienne, comme Sophie avait baptisé son salon, elles devaient troquer leurs chaussures pour des pantoufles de papier jetables. Profiter d'un décor raffiné avait un prix. Des photos de la jeune athlète ornaient les murs. On y voyait une jolie brune tout sourire, portant fièrement médailles et gerbes de fleurs. Sophie n’était plus une petite fille, mais elle était toujours aussi charmante et ses clientes l’adoraient.

 

En coiffant ces femmes qui venaient se confier à elle, Sophie appliquait les mêmes règles qu’on lui avait enseignées en secourisme. En volant au secours de leur apparence, elle avait l’impression de sauver l’âme de ses clientes de la noyade. Une noyade intérieure dont personne n'est à l'abri. Sophie en savait quelque chose et prenait son rôle très au sérieux.

 

C’est donc par souci de professionnalisme qu’avec le temps, elle accepta de moins en moins de nouvelles clientes. À l’image d’une thérapeute qui ne suit qu’un nombre défini de patients, Sophie avait ses régulières. Certaines plus insécures la visitaient plus souvent que d’autres, si bien que son carnet de rendez-vous était toujours bien garni.

 

Elle terminait une autre de ces journées marathon qui lui faisaient penser à une course à relais, lorsqu’elle reçut un appel. Un homme de lettres à ce qu’elle avait pu comprendre. Il était de passage à Montréal le temps de la Foire du Livre. Une amie lui avait chaudement recommandé ses services. Sophie comptait peu d’hommes dans sa clientèle, et encore moins d’écrivains. C’est peut-être pour cette raison qu’elle accepta de faire un accroc à sa règle d’or.

 — Je peux vous prendre le 29 en fin de journée, avait-elle fini par dire. C’est tout ce qu’il me reste.

— Parfait. Je ne serai pas libre plus tôt de toute façon.

 

Le jour venu, Sophie s’était faite belle pour l’accueillir. Elle avait revêtu sa robe rose et bleu et mis une boucle dans ses longs cheveux fraîchement lavés.

— Peut-être qu’il acceptera de signer mon mur des célébrités, pensa-t-elle en plaçant un marqueur près du tableau où ses amies médaillées avaient laissé leur griffe.

 

Nerveuse, elle ferma la porte française qui séparait le commerce de son logement, passa un dernier coup de balai et appliqua un peu de rouge sur ses lèvres pulpeuses. Elle voulait que tout soit impeccable.

 

À dix-huit heures précises, un homme au teint pâle se présenta à la porte du  salon. Il devait être dans la jeune trentaine et était d’un physique plutôt agréable. Ses yeux gris-bleu et sa barbe de deux jours suffisaient à lui conférer ce petit air rebelle qu’adoptent les romanciers lorsqu’ils commencent à se prendre pour un de leurs personnages. Il portait une chemise kaki dont les manches retroussées laissaient voir ses avant-bras et Sophie songea qu’il devait s’entraîner pour être aussi musclé. Sitôt passé le seuil, il avait pris ses aises, omettant d’enfiler les pantoufles de papier tel qu’indiqué à l’entrée. Sophie se retint de lui en faire la remarque. Après tout, c’était un artiste.

— Sophie Morin, se présenta-t-elle.

— Israel, répondit l’étranger en ignorant la main tendue.

L’homme examinait les lieux comme s’il n’avait jamais mis les pieds dans un salon de coiffure auparavant.

— C’est toi sur les photos ? demanda-t-il en pointant la jeune fille en maillot de bain.

— Oui, dit Sophie, surprise par le ton cavalier avec lequel l’homme s’adressait à elle. Il y a quelques années déjà. Je faisais partie de l’équipe canadienne.

— Vraiment ? dit l’homme en estimant l’agréable silhouette qui se tenait à ses côtés.

— J’étais plus en forme à l’époque, répondit Sophie comme si elle avait à s’excuser de quelque chose.

 

L’homme avait un je-ne-sais-quoi d’intimidant et elle n’avait pas envie de lui raconter sa vie. Elle cherchait une façon d’amener la conversation ailleurs, mais rien ne lui venait. Heureusement, le téléphone sonna et la jeune femme s’empressa de décrocher.

 

Pendant que Sophie consultait son carnet de rendez-vous, l’étranger se laissa choir dans un fauteuil et attrapa un magazine au hasard. Sandrine Mercille faisait la une. La nouvelle sultane de Lacôme, pouvait-on lire sous son joli minois voilé de dentelle. Lorsque Sophie raccrocha, l’homme était déjà absorbé dans sa lecture.

— Désolée de vous avoir fait attendre Israel... Oh ! Sandrine Mercille, dit Sophie en apercevant le magazine. Elle est merveilleuse n’est-ce pas ?

— Très jolie, confirma l’homme de sa voix feutrée. Elle me rappelle Penelope Cruz à ses débuts.

— Oui, c’est vrai. C’est une beauté naturelle, tout comme elle. Elle participera à l’événement Lacôme au Palais des Congrès le mois prochain avec les autres ambassadrices de la marque. Mon frère y a été engagé comme traiteur.

— Il a bien de la chance, dit l’homme en s’attardant sur les images de la jeune star posant en déshabillé.

— Oui, c’est une belle opportunité, mais cela représente aussi beaucoup de travail vous savez.

— J’imagine. Il est à son compte ou à l’emploi d’une maison ?

— Il est pâtissier chez Alberto, le buffet. Vous connaissez ?

— Bien sûr. Il jouit d’une très bonne réputation. Dommage que toutes ces petites princesses ne puissent rien manger, plaisanta-t-il en adressant à Sophie un sourire un peu trop engageant à son goût.

— Vous pouvez passer au lavabo, annonça-t-elle pour masquer son embarras.

 

L’homme déposa la revue à regret et s’installa pour un shampoing. Sophie le sentait tendu et, toujours aussi bavarde, fit l’erreur de lui en faire part.

— Pas du tout, se défendit l’homme. S’il te plaît, sois gentille : contente-toi de faire ton métier. Je suis ici pour une coupe, pas pour une séance de psychologie à deux sous.

Sophie ravala. Comme on dit, le client a toujours raison. Après lui avoir rincé les cheveux, elle enveloppa sa tête humide d’une serviette et l’invita à s’asseoir sur la chaise à coiffer.

— Quel genre de livres écrivez-vous ? risqua-t-elle après un moment.

— Poésie, répondit l’homme sans autre précision.

— Oh ! J’adore la poésie, s’exclama Sophie.

— Ah oui ?

— Pas tous ces trucs expérimentaux, c’est sûr. Ça ne me parle pas. Je suis un peu vieux jeu là-dessus. Mais la belle poésie, plus classique, là oui. Je peux réciter de mémoire Les déserts de l’amour de Rimbaud. Pour moi, il n’y en aura jamais de plus grand :

 

« Oisive jeunesse

À tout asservie,

Par délicatesse

J’ai perdu ma vie. »

 

clama-t-elle avec une pointe d’émotion dans la voix.

 

— C’est très bien ça, la félicita l’homme comme s’il s’adressait à une enfant.

Sophie sentit chacun de ses muscles se crisper. C’était comme si on venait de lui balancer un seau d’eau froide en plein visage. Jamais elle n’avait été aussi humiliée. Il était clair que ses propos l’ennuyaient. Embarrassée, elle n’arrivait pas à décider si elle était en présence d’un goujat ou si c’était elle qui était maladroite. Elle choisit de se concentrer sur ce pour quoi elle était payée, comme le lui avait si gentiment suggéré son client. Pour la première fois, elle avait hâte d’avoir terminé (...)

 

BANDE ANNONCE
L'AUTEUR
Gaëtan Picard

Graphiste de formation, Gaëtan Picard a œuvré dans le monde de la publicité pendant de nombreuses années, dont une dizaine chez Sid Lee, à Montréal. Tour à tour illustrateur, concepteur et rédacteur, il a touché avec succès à tous les aspects de la communication.


Très jeune, il est tenté par l'aventure littéraire et amorce un long périple qui le mènera du fantastique (Azura le double pays) à la science-fiction (Le crâne de la face cachée), en passant par l'épouvante (Le piège) et l'anticipation (Au sud de Grabugie). Son plus récent roman, Le livre imaginaire, est son texte le plus personnel à ce jour.

 

L'esthéticien

Format ePub et Kindle / 221 pages

Collection NUM NOIR

ISBN 978-2-924286-07-4

 

Numérique : 7,99 $ / 5,79 €

Papier : 14,99 $ / 10,39 €

 

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