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La frontière de Lucie Léanne, publié chez NUM Éditeur.
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LIRE UN EXTRAIT :
LA FRONTIÈRE - RÉSUMÉ
 

Ce roman de littérature moderne vous propose un voyage au cœur de la folie grâce à l'aventure hors de l'ordinaire d'une jeune fille en hôpital psychiatrique. Vous y suivrez avec humour et tendresse la réalité quotidienne de patients internés, souvent drôles et touchants. Mais que peut-il bien se passer dans l'univers déjanté des malades imaginaires ?

 

EXTRAIT
 

J’ai changé de banquise, l’autre avait fondu. Je me suis levée, ai marché jusqu’au bout de la pièce puis me suis rassise. Les écrevisses ont attaqué toute la nuit. Leurs pinces griffaient ma peau et leurs gros yeux noirs fouillaient mon cerveau. Une autre banquise, plus petite celle-là, avec juste la place pour s’étendre. J’attends je ne sais quoi, peut-être de voir tout ce qui m’entoure dériver, partir loin, très loin. Personne ici ne viendra me chercher. Je suis arrivée au bout du monde : dans une solitude arctique où d’énormes glaciers se dressent prêts à m’étouffer.

 

Bruit de clefs dans la serrure. Une blouse blanche qui s’agite. C’est madame Cuvier l’infirmière en chef. Je ne l’aime pas ; elle me fait peur, elle a des yeux méchants comme des gouffres avides qui vous aspirent et vous avalent. Hier, elle m’a grondée parce que je n’avais pas fini mes petits pois : « Mademoiselle, puisque c’est ainsi vous n’irez pas vous promener dans le parc cet après-midi ! »

 

Elle sait très bien que les sorties me sont interdites. Tout le monde ici sait ce qui s’est passé l’automne dernier. J’entends des voix dans ma tête ; des voix tranchantes comme des lames de rasoir. C’est pour cette raison que l’on m’a placée dans cet hôpital. Pour éviter que je me coupe ou que je me tue.

 

 J’ai essayé une fois avec un morceau de verre, ramassé dans le parc ; la voix était devenue tellement forte que je n’ai pas pu résister. Du sang a alors jailli de mon front ; des gouttelettes au début puis un long filet rouge carmin. En quelques secondes, le paysage autour de moi s’est évanoui. Un blanc laiteux voilait mes yeux mais la voix avait disparu. Je souriais ; je ressentais une telle paix… Et maintenant je me retrouve dans une cellule de quinze mètres carrés, avec une minuscule fenêtre, pendue au plafond. Le ciel essaie d’y entrer mais elle le repousse avec une telle hargne, une telle cruauté que parfois entre deux entrebâillements, je l’entends ricaner.

 

L’infirmière me tend un verre d’eau avec mes comprimés, vérifie si je les avale bien. À mon arrivée, je les cachais tout au fond de ma bouche, derrière ma dent cassée. Elle ne voyait rien. Ensuite je les dissimulais sous mon matelas et jour après jour les couvais. Au bout d’une semaine, il en est sorti des choses magnifiques : une explosion de fleurs, roses, lys… de toutes les couleurs ; enroulées autour des barreaux de mon lit, elles scintillaient, grimpaient jusqu’au plafond, dessinant des cercles dorés. Mais un matin, madame Curvier a tué ces beautés ; d’un geste brusque, elle a secoué le matelas, et l’a complètement retourné.

 

Regard noir, trempé d’encre. L’infirmière reprend le verre d’eau et pose sa main sur son
front.        

 

— Maudite migraine, lâche-t-elle en me jetant un œil mauvais comme si j’en étais la cause.

 

Je sais beaucoup de choses au sujet de ses migraines. Que par exemple, des centaines d’abeilles dansent autour de sa tête. Épaisses, effrayantes : elles forment une véritable escadrille prête à attaquer. Moi seule, les vois, les entends. Mais je ne dis rien parce que Madame Cuvier est une femme méchante. Hier encore, elle a frappé Audrey.

 

Paisiblement je dérivais sur ma banquise quand des cris ont retenti dans le couloir, juste à côté des douches. Des cris comme des pépiements d’oiseaux :

 

— Mademoiselle, cessez ce cinéma ! Si vous refusez d’aller vous laver, je vais vous gifler plus fort et vous m’en direz des nouvelles !

 

J’ai eu tellement peur que j’ai failli heurter un iceberg. Audrey criait, terrorisée. Elle est ici parce qu’elle a une peur panique des liquides, parce qu’un jour elle « s’est noyée dans un verre d’eau. » (...)

L'AUTEURE
Lucie Léanne

Je m'appelle Lucie Léanne, je suis écrivain et j'habite Paris, avec mes escargots. Tombée très jeune dans l'écriture, j'ai décidé d'en faire mon « métier ». Bourreau de travail ? Fêlée du bulbe ? Suicidaire ? Oui, mais surtout amoureuse de la langue française, des mots ; et un besoin viital de rêver en créant mon propre univers.

 

Folle de littérature, pendant des années, j'ai dévoré des livres : Céline, Yourcenar, Gide, Le Clézio... Un vrai rat de bibliothèque, sans la queue. Puis j'ai étudié les Lettres Modernes à la Sorbonne Nouvelle, (Paris). Dans quel but ? Avoir une bonne culture littéraire et devenir... Écrivain.

 

La frontière

Format ePub et Kindle / 192 pages
Collection NUM PASSION
ISBN 978-2-924286-42-5

 

Numérique : 7,99 $ /  5,79 €

Papier : 14,99 $ / 10,39 €

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© 2019 NUM Éditeur

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