Au sud de Grabugie de Gaëtan Picard, publié chez NUM Éditeur.

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AU SUD DE GRABUGIE - REVUE DE PRESSE
 

« Qui n’a jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? À Nempêche, c’est possible à chaque rebours de recommencer à zéro. On se choisi un pseudo, qui vient avec un palpe et des billes. En utilisant le stylo, la personne s’imprègnera de sa nouvelle identité. L'auteur a un style d’écriture facile à lire. Le livre est intrigant et on souhaite vivement connaître le fonctionnement de ce système de pseudogme avec des palpes et des billes. Conseillé à tous ceux qui cherchent un roman original à lire. »  — Mylène Lavoie, Pause Lecture

 
 
RÉSUMÉ
 
Une Grabuge, escrivaine et membre de la Noircerie, se rend à Nempêche pour enquêter sur la disparition d'une lettre de l'alphabet : le double-p. Elle découvrira un monde où tenir un crayon est la plus périlleuse des aventures.
 
EXTRAIT
 

Je suis Cadence de Guillemet, petite fille du maréchal de la Noircerie. D’emblée, je sais ce que vous allez me dire. Tout le monde me pose cette question. Aussi, permettez-moi d’y répondre sans détour. La Noircerie est cette confrérie à laquelle les plus doués d’entre nous adhèrent dès qu’ils ont l’âge de tenir un crayon. Écrivains révolutionnaires, nos plumes lancent des mots kamikazes. Des mots capables de tout dévoiler, mais aussi de tout occulter.

 

Chez moi, en Grabugie, on nous appelle les escrivains, car nous manions la plume avec la précision de l’escrimeur. D’autres, qui ne partagent par nos idéaux, voient plutôt en nous une bande d’escrocs. Il est vrai, qu’aux yeux du profane, nos méthodes peuvent sembler extrêmes. Pourtant, ce que nous avons accompli mérite d’être souligné.

 

Que dire de Franche-Mouvance, cette ville où il n’y a pas deux journées pareilles. Grâce au travail de la Noircerie, chaque jour y porte le nom d’une étoile dans le ciel et ne revient jamais d’une année à l’autre. Impossible d’y remettre les choses à la semaine suivante ou d’y sombrer dans la routine. Par cette simple opération, chaque heure retrouva sa valeur sacrée.

 

Notre présence se fit aussi sentir dans les banlieues immersives de Centre-Clair. Depuis que les seuls miroirs qu’on y retrouve sont les prénoms donnés aux garçons et aux filles, l’iniquité a été vaincue en même temps que la tyrannie de l’image. Désormais, tous y vivent égaux et meurent en beauté.

 

La plus célèbre réalisation de notre confrérie demeure sans contredit ce que les mystiques surnomment le langage des anges. Une gamme faite de courage pour surmonter le bruit et vaincre l’indifférence. Une gamme tendue comme une échelle vers le coeur des êtres. Partout, les esprits clairvoyants l’utilisent pour se rejoindre dans la lumière.

 

Je pourrais couvrir des pages d’exemples comme ceux-là. Toutefois, la Noircerie ne compte pas que des amis. Plusieurs Grabuges ne nous ont jamais pardonnée d’avoir introduit dans notre langue un des mots les plus funestes à avoir été inventé, un mot à faire frémir: lundi.

 

***

 

Depuis octobre, je faisais partie de l’équipe d’escrivains chargée de trouver le mot qui percerait le mystère de Nempêche. L’histoire de la ville mortifiée défiait la logique, et rendait nos recherches difficiles. L’encyclopédie des maîtres grabuges n’en faisait que brièvement mention. Dans une série de notes sur la régression inévitable du monde, on pouvait lire ce court passage :

 

« Il existe une ville où les apparences ne sont pas trompeuses. Une ville où la vérité a tourné le dos à ses origines pour voler de ses propres ailes. En ces murs, la paix est semblable à un sommeil sans rêve et l’étranger qui y entre doit être prêt à tout abandonner pour s’y faire une place. »

 

Même retourné dans tous les sens, le Testament à tiroirs – comme nous dési­gnons l’ouvrage où est classé le fond de notre pensée – ne nous révéla rien de plus. Nous n’allions nulle part, jusqu’au jour où nous découvrîmes quelque chose digne de mention.

 

En consultant les œuvres des premiers poètes nempêcheriens, (tâche rendue pénible par la profusion des textes), nous le vîmes, planté au détour d’un vers banal, pétrifié comme la ruine d’une pensée oubliée: le double-p. Un étrange caractère aux lignes occultes, dont l’usage fut très tôt interdit dans les classes de Nempêche. À la Noircerie, nous savions tous que, mieux qu’un mot, l’histoire d’une simple lettre pouvait en dire long sur l’évolution d’une civilisation. Ce double-p ne devait pas faire exception à la règle.

 

Il est rare qu’un symbole perde le droit d’exister. Qu’il s’efface des pages des livres sans laisser la moindre note. Frapper l’un d’eux d’interdit est encore plus excep­tionnel. Les motifs d’une telle action devaient être très sérieux. En effet, s’il est possible de renverser un régime simplement en inversant l’ordre des articles de sa constitution, on imagine ce que le retrait d’un caractère peut provoquer comme séisme dans une culture. Il n’existait pas, pour notre confrérie, plus grande menace que celle de la censure. Un escrivain digne de ce nom avait le devoir d’y résister.

 

De tout temps, des Grabuges de talent s’y étaient employés. Plusieurs s’étaient portés volontaires pour explorer les méandres de la ville mortifiée. Aucun n’en était revenu. Mon maître à penser, l’escrivain qui m’a poussé à prendre la plume, était l’un d’eux: Benjamin Strophsky. Ses livres se classaient premiers parmi les chef-d’oeuvres de notre littérature. Plus jeune, je les avais tous dévorés. Inspirés de la culture des tribus motamots, les populaires récits étaient à l’origine de bien des passions pour ces peuplades qui erraient au coeur du désert. En effet, on ne comptait plus les Grabuges qui avaient pris la route avec un Strophsky dans leurs bagages.

 

Il y avait maintenant vingt ans que le champion des escrivains avait bouclé sa valise et était parti pour Nempêche. Comme tous ceux qui l’avaient précédé, il espérait toucher de sa plume l’âme des Nempê­cheriens et livrer ainsi à la Noircerie le secret de leur sibylline nature. Nul doute que son génie pouvait y arriver. Malheureusement, personne ne savait ce qu’il était advenu de lui depuis lors. Avait-il tourné le dos à notre confrérie comme l’affirmait la ligue des correcteurs ? Je n’en étais pas convaincue. Strophsky n’avait qu’un visage. C’était un Grabuge, pas un Nempêcherien.

 

***

 

Les Nempêcheriens vivaient dans un monde très différent du nôtre. Une année à l’université parallèle me l’avait confirmé. Leurs philosophes, en particulier, m’avaient laissée perplexe. À l’entrée de leur chaire, une courte maxime était gravée dans le marbre: « Pas besoin de marteau pour planter un clou. » Cela résumait bien leur conception de la vie selon laquelle toute chose n’est pas bonne à savoir. « Le sage en oublie tous les jours, prêchaient-ils. C’est la nuit qu’il apprend. » J’abandonnai les cours après une session dédiée à l’étude de cette autre assertion édifiante : parler seul n’est pas un signe de folie, mais d’intelligence. « Pourquoi alors exiger le silence en classe ? » avais-je osé demander.

 

Quoi qu’il en soit, de tous mes camarades, j’étais celle qui connaissait le mieux leurs coutumes. Je fus donc désignée pour aller y faire enquête. Mon but était d’en apprendre plus sur l’énigmatique symbole et tenter d’établir les causes de son interdiction.

 

— Ce dossier est prioritaire, souligna le maréchal. Je veillerai à ce qu’on te relève de toutes autres charges.

— Je ferai de mon mieux, bien que je ne sache trop comment m’y prendre.

— Tu ne seras pas seule. La Noircerie a ses ramifications partout, même à Nempê­che. Au ministère du mirage à droite, tu trouveras un haut fonctionnaire. C’est aussi le grand patron de la presse et un sympa­thisant de notre cause. Il t’a déniché une place comme stagiaire à la rédaction d'un journal local. En attendant de trouver mieux, tu travailleras pour lui.

— Je serai à l’emploi de la presse réécrite ? Ces torchons ineptes ?

 

Sur le coup, je crus à une mauvaise plaisanterie. Cette mission était pour moi une façon de prouver l’agilité de ma plume. Une façon de m’approcher de mon but et d’être nommée au conseil. C’était le rêve de tout escrivain et je comptais bien être du nombre. Selon plusieurs, j’avais tout ce qu’il fallait pour y parvenir. Encore fallait-il qu’on m’en fournisse l’occasion.

 

— Tu n’as pas à te tracasser. Ce sera de courte durée. Dans le but de gagner du temps, les journalistes nempêcheriens ont fait des informations un perpétuel «best of». Anniversaires et commémorations de toutes sortes remplissent leurs colonnes. Plus rien de neuf n’y est relaté. L’actualité rime avec banalité et toute bonne nouvelle est considérée suspecte. Au fil des articles, la vérité a fini par céder aux pressions. Aujourd’hui, dans les rues de Nempêche, la rumeur remporte toutes les causes. Il te suffira de suivre le courant.

— On dirait bien que je n’ai guère le choix, répondis-je sans cacher ma déception. À quel moment devrai-je prendre la route ?

— Demain à la première heure. Les festivités du nouvel an nempêcherien sont sur le point de débuter. Pour l’occasion, la ville accueille de nombreux étrangers. Tu pourras donc y circuler sans éveiller les soupçons. Car ne l’oublie pas : cette mission doit demeurer secrète. Il en va de la sécurité de nos opérations dans la région. Un mot de trop pourrait nous coûter cher.

 
BANDE ANNONCE
L'AUTEUR
Gaëtan Picard

Graphiste de formation, Gaëtan Picard a œuvré dans le monde de la publicité pendant de nombreuses années, dont une dizaine chez Sid Lee, à Montréal. Tour à tour illustrateur, concepteur et rédacteur, il a touché avec succès à tous les aspects de la communication.


Très jeune, il est tenté par l'aventure littéraire et amorce un long périple qui le mènera du fantastique (Azura le double pays) à la science-fiction (Le crâne de la face cachée), en passant par l'épouvante (Le piège) et l'anticipation (Au sud de Grabugie). Son plus récent roman, Le livre imaginaire, est son texte le plus personnel à ce jour.

 

Au sud de Grabugie

Format ePub et Kindle / 186 pages
Collection NUM FICTION
ISBN 978-2-924286-04-3

 

Numérique : 7,99 $  / 5,79 €

Papier : 12,49 $ / 8,19 €

 

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