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Seule la haine nous unira de Gilles Aubigny, publié chez NUM Éditeur.
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SEULE LA HAINE NOUS UNIRA - RÉSUMÉ
 
Ils sont cupides, vicieux, égoïstes, mythomanes, fourbes, opportunistes. Ils n’ont aucune pudeur, aucune morale. Il y a quelque chose en eux de foncièrement mauvais, quelque chose qui les pousse à voir les autres soit comme des obstacles, soit comme des proies potentielles. Ils sont liés par une farouche antipathie pour ce monde qui les entoure. C’est cette haine qui les a probablement fait se rencontrer et qui les a réunis. Qui en a fait un couple à part.
 

EXTRAIT

 

C’était fin août.

 

Une mouette venait de judicieusement se lâcher sur la tronche d’un affreux mouflet qui braillait à tue-tête sans la moindre raison. Ça faisait bien deux heures que ce torche-cul nous polluait l’ouïe. La fiente, molle et d’un seyant vert rayé de quelques stries jaunes, a atterri sur sa cochonnerie de nez morveux.

 

Le mioche est resté interdit. Bouche bée, l’air abruti.

 

Bien joué le volatile ! Mais je t’en prie, accorde-moi une faveur, la prochaine fois, essaye de viser mieux. Cible le moule à gaufre. Obstrue-lui le goulot afin qu’il s’étouffe et boucle définitivement sa grande gueule.

 

Autant prévenir, j’ai les moutards en horreur. C’est débile. C’est laid. Ça chiale à tout bout de champ, et en général pour des breloques. Et puis, c’est dégoûtant. Ça chlingue, soit la pisse, soit la chiasse, soit le vomi. Quand ce n’est pas une combinaison des trois.

 

Je ne trouve rien de plus crétin que les babillements d’un mouflet. De plus énervant que leurs onomatopées abyssales et baveuses. De plus crispant que leurs regards ahuris et leurs pitoyables pantomimes de neuneus anémiques.

 

Les parents ne sont pas en reste, je ne les aime pas non plus.

 

Je les vomis. Je les ai en horreur. Ces pignoufs arriérés m’exaspèrent.

J’abomine du plus profond de mon être cette sous-race de crétins cafardeux qui se reproduisent faute de pouvoir s’améliorer.

 

C’est rédhibitoire, je ne peux pas piffer ces connards prétentieux qui balbutient d’orgueil au moment où ils vous présentent leur hideuse et crapoteuse progéniture, comme si c’était la huitième merveille du monde. Et qu’au nom de je ne sais quelle règle de bienséance, ils nous mettent devant l’obligation d’exprimer notre admiration pour la larve spumescente à la tronche fripée comme le cul flapi d’une vioque qui n’a jamais vu le soleil de sa vie, et qui nous regarde niaisement avec les yeux inexpressifs et globuleux d’une tanche neurasthénique.

 

C’est viscéral, j’abhorre la famille.

 

Rien que d’entendre le mot « famille », j’ai des remontées acides. Ça me vrille les nerfs et me chauffe la bile. La famille… ce n’est rien de plus qu’une foutue machine à fabriquer des générations de cons qui vont faire fructifier leur héritage psycho-déficient en reproduisant la même erreur que leurs parents, ad vitam aeternam.

 

C’était fin août.

 

La mer était plate. Le ciel bleu. Et je m’em­merdais.

 

Et, cerise sur le gâteau, je me cognais un putain de mal aux couilles.

La mère du mioche, une sacrée belle poulette, soit dit en passant, lui a torché le museau. Elle l’a pris dans ses bras en lui badigeonnant la tronche de baisers, puis elle a dégainé son sein droit et lui a fourré un joli téton tout rose dans le bec, qu’il s’est empressé de suçoter. Le couvant amoureusement du regard, elle a câliné le crâne chauve du morfal et l’a bercé en lui susurrant des chansons niaises destinées à l’envoyer aux prunes.

 

Toute cette affection gaspillée, dépensée au seul profit d’une limace-légumineuse qui ne pensait à rien d’autre qu’à bouffer, pisser et chier, moi, ça me filait le cafard. Quel gâchis! Le mouflet enfin endormi, elle lui a embrassé les joues et la pointe du nez en lui caressant la tignasse. J’admirais ses lèvres pulpeuses qui effleuraient la peau laiteuse du moujingue et je leur trouvais une incroyable sensualité. Je la regardais en bavant comme un crevard.

 

La salope. La pouffiasse !

J’ai haï cette connasse.

 

Elle m’avait rendu jaloux. J’étais en colère. Je lui en voulais grave. J’aurais voulu l’entraîner dans un coin tranquille pour lui défoncer la frimousse à coups de talons. Réduire ses saletés de lèvres en purée. Les lapider pour en faire de la charpie.

 

C’était fin août.

 

Journée de merde. Temps de merde. Vie de merde.

 

Et toujours ce maudit mal aux couilles qui me tisonnait.

 

Au mois d’avril de cette année 2007, face à la gauche la plus bête du monde, la droite décomplexée venait de remporter les élections pour la troisième fois consécutive. La France est un petit pays de vieux qui rêve de son ancienne grandeur. Les vieux sont frileux, ils ont les pétoches. Ils trouvent qu’il y a encore trop de jeunes en liberté. Ils vivent dans la peur de l’autre, et paradoxalement, ça les rassure. Ils votent pour des partis de droite qui les confortent. Qui les travaillent au corps. Qui leur disent : « Vous avez raison d’avoir peur. Votre peur est notre meilleure alliée. »

 

Mais à vrai dire, moi, je m’en contrefous. Je n’aime pas les vieux. Je n’aime pas les jeunes. Et la politique, je n’en ai rien à goupiller.

 

Qu’ils s’autodétruisent, tous ces sombres crétins, si ça leur chante. Qu’ils s’étripent. S’entretuent. Quand ils en auront fini, quand il n’en restera plus un seul de vivant, moi, j’irai délester leurs cadavres de leur quincaillerie, de leur menue monnaie et de leurs ratiches en or.

 

C’était fin août.

 

Une mouche bourdonnait à mon oreille.

Martine a sorti un mouchoir. Elle s’est torché le nez dedans.

 

J’ai fait semblant de dormir.

BANDE ANNONCE
L'AUTEUR
Gilles Aubigny

Gilles Aubigny, né à Montereau-Fault-Yonne en 1956, est l’auteur du texte théâtral : « Autopsie d’un pack de delirium » parut chez La Société des Ecrivains en 2010, et des romans « Paradox Blues » (2012) et «Carnage» (2014) publiés chez Mon Petit Editeur.

 

« J'écris depuis que j'ai 17-18 ans, mais je ne me suis jamais senti prêt à publier mon travail. Il a fallu la naissance de mon fils Samba le 27 janvier 2006, pour que je me décide à passer le pas. »

 

Seule la haine nous unira

Format ePub et Kindle / 476 pages
Collection NUM NOIR
ISBN 978-2-924286-21-0

 

Numérique : 7,99 $ / 5,79 €

Papier : 18,99 $ / 12,49 €

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