Le livre imaginaire de Gaëtan Picard, publié chez NUM Éditeur.

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LE LIVRE IMAGINAIRE - REVUE DE PRESSE

 

« ... Ce que propose l'auteur est assez frais en cela qu’on ne prédit pas le déroulement de l’histoire. La construction est bonne, logique et les pages se laissent facilement appréhender. Une fois le livre refermé, morale à l’appui, on en ressort avec la sensation d’avoir lu un conte à l’atmosphère particulière. Le Livre imaginaire n’est effectivement pas seulement une histoire de découverte pour le jeune garçon qu’est Mathieu, c’est avant tout une question de réflexion. Derrière les propos de l’écrivain, il est possible de sentir un double langage. Les thématiques principales sont lancées : lecture, écriture, inspiration. Le héros n’est plus seulement la personne à qui survient une aventure extra-ordinaire : il incarne chaque auteur à un moment ou un autre de sa vie. Il est l’auteur qui a peur d’écrire, l’auteur incompris, celui qui affronte ses démons intérieurs, celui qui tente de maîtriser le flot de son inspiration. En quelque sorte, il est vous, il est moi, mais il est surtout « eux », qui de leurs plumes nous transportent. Sur les pages se dessinent le processus créatif à double tranchant où l’écriture côtoie la folie. En bref, Le Livre imaginaire recèle d’intéressantes pistes de réflexion sur la création littéraire. Malgré sa jeunesse, le héros nous pousse à entrevoir la manière dont une personne peut devenir auteur. L’image est forte de voir une personne se faire obstacle à elle-même d’une certaine façon. Un conte qui mêle l’acceptation, la résignation au combat, le calme du songe à la frénésie de l’inspiration. » - Alain Touffait, le Patelinant

 
 
RÉSUMÉ
 
Le livre imaginaire est ce livre qui pousse tous les auteurs à prendre un jour la plume et qui n'a pourtant jamais été écrit. Parmi ceux qui ont tenté l'aventure on compte d'illustres inconnus mais aussi de grands noms de la littérature tels Baudelaire, Cocteau, Kerouak, Burroughs, Gauvreau ou Aquin. Tous ont voulu nommer cet autre ciel qu'ils avaient aperçu dans un éclat de silence. Tous y ont laissé soit leur santé, soit leur raison. Simon Bernard, le père de Mathieu, est le dernier écrivain de cette triste liste. En reprenant sa plume, le jeune homme ne se doute pas de l'étrange rencontre qu'il fera entre les lignes de l'histoire littéraire.
 
EXTRAIT

 

Certaines choses se produisent si vite qu’on ne peut rien faire pour les éviter. On retient son souffle en espérant que tout se passera bien. Ou alors on ferme les yeux, confiant que notre bonne étoile veillera sur nous. Malheureusement, beaucoup vous le diront, le ciel n’entend pas toujours les prières qui lui sont adressées.

 

Comme tous les soirs, Mathieu était revenu du collège en descendant l’avenue des Prés. Il devait déposer ses livres à la bibliothèque et roulait le foulard remonté sur le nez pour se protéger du vent. Mathieu n’avait pas hésité à enfourcher sa vieille bicyclette malgré la neige qui tombait. Il pouvait pédaler jusqu’à la bibliothèque les yeux fermés tant il en connaissait le chemin. Tout le quartier était imprimé comme une carte dans sa tête. Un atout lorsque la visibilité était réduite, comme ils disaient au bulletin météo.

 

Malgré les rafales de neige qui le forçaient à baisser la tête, le cycliste ne ralentissait pas. Sa bécane en avait vu d’autres et, à cette cadence, elle serait bientôt solidement accrochée à la grille de la bibliothèque.

 

Arrivé à l’intersection, Mathieu avait jeté un oeil furtif aux feux de circulation. Les flocons de neige collaient au verre de ses lunettes et il les nettoya rapidement du bout des doigts avant de foncer comme il l’avait fait des centaines de fois. De l’autre côté, il serait à l’abri du vent et il lui tardait d’y être. Sitôt les livres remis et l’amende versée, il s’arrêterait au Bar Oblique pour surfer pendant une heure ou deux.

 

C’est ainsi que Mathieu réfléchissait lorsque la voiture était sortie du blizzard. Blanche de neige, elle avait surgi de la voie de gauche et l’avait renversé. Sous la force de l’impact, tous les projets d’avenir du garçon s’étaient évanouis. Propulsé au milieu de la rue comme un vulgaire pantin, Mathieu voyait défilé son passé en accéléré sur le pavé glacé.

 

Ça y est ! Ma dernière heure a sonné, avait-il pensé à la vue du parapet qui se dressait au bout de sa course. Ensuite, plus rien. Le noir total. Il n’avait repris conscience que plusieurs jours plus tard, cloué sur un lit d’hôpital.

— Il revient de loin, avait précisé le traumatologue à la femme et la jeune fille qui se tenaient au chevet du patient.

Installé devant son écran, l’homme consultait les radiographies jointes au dossier. Soucieux, il s’attardait à l’une d’elles et l’examinait dans ses moindres détails.

— Il va s’en remettre? risqua la femme.

— Comment ? Ah ! Oui, oui. Votre fils est hors de danger maintenant. L’infirmière me confiait qu’il a même avalé une bouchée ce matin. En tous les cas, il peut se vanter d’avoir eu de la chance. Bien des gens ne se remettent pas d’un pareil accident, vous savez.

— Ah ? Vraiment ? laissa tomber la plus jeune sans quitter le garçon des yeux. Vous appelez ça de la chance ?

— Véro ! s’indigna sa mère. Je t’en prie. Ce n’est pas le moment.

— C’est un gaillard robuste, affirma le préposé sans s’offusquer de la remarque. Sa stature lui a permis d’absorber une partie du choc. Si on oublie les nombreuses contusions, il s’en tire avec une fracture à la jambe, deux côtes fêlées et une vilaine ecchymose au front.

— Mon cher petit, murmura la mère en étouffant un sanglot.

— Attention ! Il vous faudra être très strict avec lui. Du repos, et encore du repos. S’il obéit, il pourra être sur pied avant la fin des classes. Sinon...

— Sinon quoi ? risqua à nouveau Véro.

— Disons que sa convalescence pourrait être beaucoup plus longue.

 

À l’aide de sa souris, l’homme fit défiler les images jusqu’à ce que le crâne du garçon s’affiche au centre de l’écran. On y voyait parfaitement l’endroit où son crâne avait heurté le sol. Une longue fracture marquait l’os frontal. Tracée en plein centre, elle le divisait en deux hémisphères égaux.

— Ce coup qu’il a reçu à la tête était très violent. S’il ne prend pas le temps qu’il faut pour bien récupérer, il pourrait en conserver des séquelles.

— C’est à dire ? s’enquérirent les deux visiteuses d’une seule voix.

— Migraines, trous de mémoire, pertes d’équilibre. Difficile de répondre avec certitude. Aucun patient ne réagit de la même façon à ce genre de traumatismes. Revenez me voir dans quelques semaines. Nous saurons alors comment son état évolue. D’ici là, veillez à ce qu’il ne se surmène pas trop.

— Vous n’avez pas à vous inquiéter. Il est entre bonnes mains, le rassura la dame avant de quitter les lieux.

 

Dans les circonstances, le diagnostic de ce fonctionnaire de la santé était un soulagement. Certes, ce n’était pas mot pour mot ce qu’une mère désire entendre dans une situation semblable, mais cela aurait pu être plus dramatique. Avec ce qu’il faut de courage, la petite famille retrouverait bientôt sa vie tranquille. Unie dans l’épreuve, elle s’accrochait à cet espoir.

 

 

 

II
 
Le cadeau

 

 

De retour à la maison, l’univers de Mathieu se résumait à sa chambre. Comme avant l’accident, il n’en sortait que rarement et on aurait pu croire que rien n’avait changé. La différence, c’est qu’il devait maintenant se déplacer d’un coin à l’autre de son fouillis à l’aide de béquilles. C’était embêtant, mais après un certain temps, on finissait par s’y habituer.

— Il y a pire, pensa-t-il en s’imaginant manœuvrer un fauteuil roulant au milieu de ce capharnaüm.

 

Sa vie de convalescent était organisée autour de deux pôles immuables. Le premier, comme il se doit, était son lit. Transformé en centre de contrôle pour les circonstances, on ne comptait plus les manettes, pagettes et autres télécommandes perdues sous ses draps. Peu importe de quel côté il se tournait, Mathieu n’avait qu’à tendre la main pour trouver le bon bouton.

 

Le second, plus discret et ordonné, était un meuble d’acajou monté sur de courtes pattes. Costaud tout en étant élégant, l’objet ne manquait pas de style et rappelait ces commodes de bois qui meublaient les demeures du siècle dernier. Ses portes vitrées, joliment ciselées, étaient conçues pour protéger son contenu des affronts du temps, et une petite clé d’argent en actionnait le verrou.

 

C’est son grand-père qui lui avait fait cadeau de cette pièce d’antiquité. Caché au fond de la remise où le vieillard entreposait tout ce qu’il ne pouvait se résoudre à jeter, le petit meuble croulait sous la poussière. Il y était depuis que le studio du père de Mathieu, obscur auteur disparu avant de connaître le succès, avait été vidé pour faire place aux nouveaux occupants. Le défunt avait l’habitude d’y ranger les manuscrits qu’il n’avait pas réussi à faire publier. En apprenant que la convalescence de son petit-fils risquait de s’étirer sur plusieurs semaines, le grand-père se rappela l’amour que ce dernier portait aux livres.

 

— Elle lui sera plus utile qu’à moi, avait pensé le sage homme en remontant d’épaisses lunettes sur son nez.

 

Bientôt octogénaire, il arrivait à l’âge où pratiquer l’abandon n’est plus une vertu mais une nécessité. S’il devait se montrer généreux, il préférait que ce soit de son vivant. Surtout que mis à part le journal, il ne lisait presque plus. Tous ces romans et autres ouvrages de fictions le lassaient après seulement quelques pages. À quoi pourrait bien lui servir une bibliothèque ? Pour être honnête, il aurait dû s’en défaire depuis longtemps.

 

À priori, le garçon se réjouit de retrouver un souvenir de son père. Tout ce qui pouvait le lui rappeler était bienvenu. Mais il n’échappait pas à ce sentiment inconfortable qui nous envahit lorsqu’on hérite d’objets ayant appartenu à un être cher. On y guette malgré soi une trace de l’âme disparue, une vibration qui aurait survécu, réfugiée au cœur des petites choses qui l’ont accompagné tout au long de son existence. Heureusement, Mathieu n’était pas du genre à se laisser impressionner pour si peu. Il s’agissait de son père après tout. Sans compter que le meuble s’avèra, après une vérification rapide, s’insérer parfaite­ment entre son bureau et le pied de son lit. Il n’en fallait pas plus pour le convaincre d’accepter le présent de son grand-père. Encouragé, ce dernier le gratifia d’une dernière anecdote. Une anecdote que peu de gens à part lui connaissaient.

 

— Cette armoire a une longue histoire qui l’a menée aux quatre coins du globe, lui confia le vieil homme d’une voix grave et posée. Au fil des années, elle a appartenu aux plus grands écrivains d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs. Aussi, assure-toi de bien choisir les livres que tu y rangeras. De cette façon, le meuble conservera toute sa valeur.

 

L’idée fit sourire Mathieu. Il trouvait amusant d’imaginer qu’une bibliothèque puisse être dotée d’une forme de mémoire, d’une personnalité héritée de tous les bouquins qui s’y étaient succédé. Mais le garçon ne s’y trompait pas : par ses conseils, son grand-père cherchait surtout à le prévenir contre la bêtise.

 

Une fois seul, Mathieu avait dépoussiéré l’antique objet de son mieux. Il jugeait, à sa taille, pouvoir y réunir ses collections de science-fiction et de zombies de l’espace. Ses livres de monstres, comme disait sa sœur.

 

Malgré le fait qu’il possédait les plus récents bestsellers en versions numériques, Mathieu était resté fidèle à ses premiers livres. Ceux avec lesquels il avait grandi. Aussi, c’est avec joie qu’il les sortit de leurs boîtes pour les ranger dans la bibliothèque. Il ne s’arrêta que lorsque chacun des rayons fut rempli. En vérité, la petite armoire semblait taillée sur mesure pour sa modeste collection. C’était comme si ses vieux livres avaient enfin trouvé leur demeure. Mieux encore, un miroir rectangulaire fixé judicieusement au fond du meuble reflétait chaque ouvrage, ce qui donnait à Mathieu l’impression de disposer d’un nombre très respectable de bouquins. Il en avait ressenti une fierté qui l’étonna lui-même. Comme lorsqu’on admire son visage dans une glace et que, le temps d’un regard, chaque trait nous parait parfaitement à sa place. L’illusion se prolonge aussi longtemps que l’on boude la réalité. Mathieu excellait à ce jeu et n’était pas du tout pressé de voir sa précieuse collection retrouver sa taille normale. S’il n’en tenait qu’à lui, elle ne quitterait plus les rayons de cette charmante bibliothèque.

L'AUTEUR
Gaëtan Picard

Graphiste de formation, Gaëtan Picard a œuvré dans le monde de la publicité pendant de nombreuses années, dont une dizaine chez Sid Lee, à Montréal. Tour à tour illustrateur, concepteur et rédacteur, il a touché avec succès à tous les aspects de la communication.


Très jeune, il est tenté par l'aventure littéraire et amorce un long périple qui le mènera du fantastique (Azura le double pays) à la science-fiction (Le crâne de la face cachée), en passant par l'épouvante (Le piège) et l'anticipation (Au sud de Grabugie). Son plus récent roman, Le livre imaginaire, est son texte le plus personnel à ce jour.

 

Le livre imaginaire

Format ePub et Kindle / 108 pages
Collection NUM FICTION
ISBN 978-2-924286-05-

 

Numérique : 4,99 $  / 3,49 €

Papier : 12,49 $ / 8,19 €

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