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La boue de Thierry Gagnon, publié chez NUM Éditeur.
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LA BOUE - RÉSUMÉ
 

La Boue est un roman onirique aux paysages absolus. L’horreur, la poésie, l’érotisme et l’humour s’y rencontrent pour tisser un conte morbide d’une beauté perverse.

 

Un jeune homme nu et sans nom vit sur une plaine de boue balayée par une pluie éternelle. Il n’a comme seule compagnie qu’un groupe d’hommes qu’il considère stupides et ennuyants. Il y a aussi son voisin, un être inarticulé mais perpétuellement satisfait qui vit dans une fosse creusée dans la boue.

 

La découverte d'un oiseau aux plumes de pierre enfouis dans la terre le poussera à quitter son monticule de boue et cet ennui omniprésent qui l’oppresse. Accompagné de son guide ailé ainsi que de son voisin, sa quête de sens le portera au-delà de la mort, de la solitude, du désir et de lui-même.

 

EXTRAIT

... Guidé par l’oiseau, je me retrouve bientôt de nouveau parmi les autres. Ceux-ci me regardent avec un intérêt mitigé, cherchant à ne pas montrer de curiosité envers moi ou envers la venue inusitée de l’oiseau. Qu’ils fassent semblant de ne pas regarder ! Je m’insinue parmi eux en gardant mon regard fixé vers les cieux où virevolte mon guide.

 

Quelques-uns m’injurient lorsque je les bouscule distraitement, mais je ne leur réponds pas. Ils sont sans importance. L’oiseau est le mystère. Je vais là où il me mènera.

 

Son vol nous mène à un attroupement au-dessus duquel il se met à tourner. Je hâte le pas et m’aperçois qu’il m’a conduit à la fosse de mon voisin. Une activité anormale entoure cette dernière : quelques personnes tirent le vieil homme hors du trou sous les yeux confus et agités de mon voisin et de quelques curieux. Il remarque ma présence et court immédiatement vers moi en gesticulant. Me saisissant le bras, il me bredouille des choses incompréhensibles en pointant nerveusement les gens qui s’affairent dans sa fosse. J’ai grand-peine à m’intéresser à lui, accaparé comme je le suis par mon guide mystérieux. Je donne quelques tapes distraites sur la main crispée de mon voisin afin qu’il me lâche. Planant au-dessus de l’assemblée, l’oiseau semble attendre quelque chose. Moi aussi.

 

Le vieillard est finalement balancé hors de la fosse. Debout autour du corps, les autres l’observent sans grande émotion. Il gît sur le dos, les membres écartés de façon obscène et répugnante, les côtes saillantes sous sa vieille peau. Son visage porte toujours un épais masque de boue qui cache ses traits. Mon voisin tourne autour de l’attroupement en piaillant puis revient à mon côté, décontenancé. Les yeux baissés, il marmonne des babillements puis, choqué par mon indifférence, il se jette dans un coin de la fosse pour y bouder.

 

Deux personnes saisissent la carcasse aux chevilles et la traîne sans douceur vers une destination inconnue. Les autres se dispersent paresseusement et vont s’ennuyer ailleurs.

 

Que dois-je faire maintenant ? Un clapotis provenant de la fosse attire mon attention. Mon voisin est affairé à réparer les dégâts causés par notre combat et la chute du vieillard. Timidement, il me fait signe de le rejoindre, m’adressant un sourire incertain. Mon visage reste vide. Pour qui me prend-il ? Pourquoi donc voudrais-je retourner à cet endroit immonde ? Il cesse de creuser et me regarde piteusement.

 

Étrangement, je me surprends à ne pas avoir que du mépris pour lui, à nourrir même une certaine nostalgie au souvenir des moments passés dans le calme de sa fosse. Mais que représente-t-il réellement pour moi ? Les yeux tournés en ma direction, il se dandine et donne des coups de pieds dans ces mêmes murs qu’il venait tout juste de réparer. Où est l’oiseau ? Il est parti suivre les autres qui traînent le vieux derrière eux. Je me mets immédiatement en marche dans leur direction. Sans même regarder, je sais que mon voisin me suit.

L'AUTEUR
Thierry Gagnon

Ancien libraire, passionné de bande dessinée et de science-fiction, Thierry fait maintenant carrière dans le domaine des agences interactives et des jeux vidéo. Dans sa jeunesse, il publie ses propres bandes dessinées sous forme de fanzines puis, plus récemment, il expérimente avec l’impression numé- rique pour autopublier son premier roman, « La Boue », maintenant offert chez NUM Éditeur.

En 1998, il entame avec son copain Mathieu Pigeon l'élaboration de la saga mythologique Renaissance. Initialement un projet de bandes dessinées, cette série s’est finalement transformée en romans dont Kimiko aux Enfers  est le premier tome.

 

La boue

Format ePub et Kindle / 130 pages
Collection NUM FICTION / Horreur
ISBN 978-2-924286-36-4

 

Numérique : 4,99 $ / 3,49 €

Papier : 12,49 $ / 8,19 €

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NUM a posé quelques questions à l'auteur Thierry Gagnon, afin d’en savoir plus sur son roman fantastique, La boue.

 

Est-ce que La boue s’adresse à tous les lecteurs ?

La boue est un roman qui ne suit pas les règles habituelles de la fiction, ce qui peut s’avérer être une adorable surprise pour certains ou une source de confusion et de frustration pour d’autres. C’est aussi une histoire qui contient des images troublantes, souvent horribles, parfois sexuelles, mais qui sont décrites avec un langage qui se veut le plus beau et poétique possible. Certains trouveront cette expérience fascinante et tandis que d’autres peuvent en revenir ébranlés. Pour lecteurs avertis !

 

Quels sont les personnages principaux ?

Le personnage principal, le narrateur à travers lequel nous découvrons l’histoire, est un jeune homme qui vit sur une plaine de boue. Il y a aussi son voisin, un être inarticulé qui vit dans une fosse qu’il a creusée dans la boue et qui a une sorte de relation d’amitié avec le narrateur. Ils sont entourés « d’autres » hommes qu’ils ignorent ou détestent, selon le moment. Plus tard, le narrateur rencontre des oiseaux au plumage de pierre et des  « ombres » aux formes féminines. Vous remarquerez que les personnages n’ont pas de noms propres. Sachez aussi que tout le monde est nu, il pleut toujours sur la vallée de boue, et que notre narrateur n’a jamais vu le soleil.

 

Vous décrivez La boue comme un roman « onirique ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Le mot « onirique » signifie « qui évoque le rêve ». La Boue est un roman fortement inspiré, entre autres, par l’œuvre de Boris Vian et de Franz Kafka. Alors que Vian et Kafka habillaient leurs histoires surréalistes avec des lieux, des objets et des gens tirés du monde réel, le narrateur de La Boue décrit un monde imaginaire minimaliste où presque tout se limite à la boue, la pluie, les montagnes et le corps – ainsi que quelques autres concepts que je vous laisse découvrir. Malgré ces limites, on y trouve une histoire thématiquement riche et pleine de rebondissements.

 

Parfois, dans la lecture de La boue, nous ne sommes plus certain de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. Que se passe-t-il ?

L’histoire de La Boue décrit une sorte de rêve, un superbe cauchemar, un état d’esprit. C’est un récit qui, comme une série de poupées russes, passe d’un niveau de conscience à l’autre, certains plus abstraits, d’autres faussement similaires. Comme un scaphandrier explorant le fond de l’océan, le narrateur va de palier en palier, parfois plus profondément vers la vase, parfois vers la surface, à la recherche d’une perle de vérité dans des eaux brouillées.

 

Comme dans le film « Inception[1] », nous pouvons nous retrouver dans un rêve imbriqué dans d’autres rêves. La transition entre un de ces rêves à l’autre n’est pas toujours claire ou logique, et le narrateur n’est pas toujours conscient du niveau de conscience auquel il se trouve. La réalité de ces niveaux de conscience n’est pas toujours basée sur les mêmes règles, et les situations qu’on y trouve sont parfois contradictoires, mais tout ce qui s’y passe représente un jalon important dans l’évolution du personnage.

 

Le narrateur est insatisfait et cherche un sens à sa vie, mais pas toujours aux bons endroits. Parce qu’il n’est pas prêt à faire face à tout ce qui se cache en lui, plusieurs obstacles et occlusions peuvent masquer des événements qui lui sont arrivés. Tout comme l’angoisse, l’horreur et l’inconfort que la lecture de ce livre peut produire chez le lecteur, cette confusion fait partie de l’expérience et devrait être appréciée à ce titre, à la manière zen, comme certains cuisiniers peuvent utiliser un zeste amer pour agrémenter un mets.

 

Quel a le processus d’écriture qui a mené à un tel roman ? Étiez-vous sous influence ?

À la surprise de bien des gens qui ont lu La boue, je n’ai jamais consommé de drogue dans ma vie (ni d’alcool ou de café d’ailleurs.) Je dirais que j’ai réussis à être à l’écoute de mon inconscient et à le respecter.

 

J’avais 21 ans lorsque j’ai commencé l’écriture de ce livre et 25 ans, en 1996, lorsque j’ai terminé le dernier chapitre. Durant cette époque, j’étais fasciné par l’interprétation des rêves ainsi que par la poésie agressive des paroles de chansons de groupes Trash Metal comme Slayer, Metallica et Celtic Frost. C’était aussi pour moi une période d’intense remise en question et de déconstruction/reconstruction des échelles de valeurs qui m’avaient été inculquées.

 

Un jour, j’ai écrit sur un bout de papier les phrases « Loin, au loin perce des nuages le rayon de soleil tant attendu. Assis sur mon monticule de boue, grelottant sous la pluie fine, j’observe les autres s’agiter devant cette promesse de douceur inespérée. » Intrigué par l’univers suggéré par ces lignes, j’ai continué d’ajouter des phrases, curieux de voir où cette image allait me mener.

 

Je m’étais donné comme objectif d’écrire avec la plus grande de candeur les images qui me venaient en tête, sans les juger, avec comme seule contrainte que chaque action fasse avancer l’histoire. Certaines de mes expériences en poésie vinrent s’intégrer dans le livre, comme les chapitres vides et les textes plus abstraits lorsque le narrateur sombre dans l’inconscience. Je vis alors émerger sous ma plume (en fait mon clavier) un flot de métaphores et symboles qui, par leur spontanéité, offrait une profondeur d’interprétation complexe et fascinante.

 

Y a-t-il d’autres inspirations derrière La boue ?

Durant ma jeunesse, j’avais été intrigué par le roman La Nausée de Jean-Paul Sartre que j’imaginais comme une suite d’horreurs sans nom. Lorsque je l’ai finalement lu, j’ai été surpris par l’absence de tripes et de piles de cadavres dans cette (excellente) histoire d’un intellectuel en prise avec une crise existentielle. Plus tard, lorsque j’ai entamé La Boue, j'ai puisé dans le sentiment d’inconfort que le titre La Nausée m’avait inspiré avant de l’avoir lu. Ce que je n’avais pas compris à ce moment, c’est que les thèmes de Sartre allaient aussi influencer mon écriture, mon narrateur devant à faire face à l’absurdité de son existence.

 

Le monde impitoyable de La Boue, son charnier et son arbre-refuge ont aussi une dette envers le cycle fantastique Ananké de la série Bob Morane. Ces livres cruels à l’écriture épurée sont légendaires parmi les fans de Bob Morane.

 

Le courage d’écrire une telle histoire sans peur et sans pudeur, m’a été inspiré par l’œuvre de San-Antonio (La vieille qui marchait dans la mer),  Chester Brown (Ed the Happy Clown, Le Playboy, Je ne t’ai jamais aimé), ainsi que par mon copain artiste et musicien, Jef Tremblay, qui créait de la musique et des bandes dessinées très bizarres et personnelles sous le nom de « L’ombre de l’erreur ».

 

Quelle est la signification de la boue, de l’oiseau, des ombres ou du voisin ?

Tout comme le narrateur cherche un sens à sa vie, il est fort probable que le lecteur cherchera un sens à sa lecture de La Boue. Toute personne qui lit La Boue y trouvera sa propre interprétation et ses propres émotions. Personnellement, j’y détecte plusieurs thèmes dans ses images, tels que le vide existentialiste, le rapport à la religion, l’absence du père, la peur de l’autre et du sexe, les fantasmes et la pornographie, la dépression, et la fascination du morbide. Mais ce ne sont que des interprétations personnelles d’une tapisserie thématique complexes dont je n’ai moi-même pas toutes les clefs.

 

À chaque relecture de ce livre, je détecte de nouvelles nuances, de nouveaux sens que je peux y projeter. Au final, je sais surtout que toute interprétation que je pourrais en faire sera toujours incomplète et personnelle, comme pour chacun des lecteurs.

 

Pourquoi l’histoire se termine-t-elle de cette façon ? Quel est le sens profond de l’histoire ?

Lorsque j’écrivais La Boue, j’avais l’impression de décliner une équation dont la solution restait à définir, comme si mes phrases initiales (« Loin au loin… ») représentaient les paramètres d’un algorithme émotionnel qui devait être décliné phrase par phrase, à travers plusieurs cycles itératifs, dans une spirale narrative qui devait aboutir à une conclusion que j’espérais positive.

 

Lorsque je suis arrivé à la fin du livre, j’ai longtemps cherché à y imposer une fin heureuse, mais à chaque fois le résultat me paraissait faux et ridicule. Tous ces résultats avaient un arrière-goût insipide qui me déplaisait. J’ai donc fini par écrire ce qui me semblait être la conclusion naturelle des événements qui l’avait précédée, peu importe si c’était celle que j’espérais ou non.

 

Horrifié par le résultat, mais fier de mon accomplissement stylistique, je me suis demandé durant plusieurs années s’il était souhaitable de publier un tel livre. Qu’est-ce qu’une histoire si sombre et atypique allait apporter au lecteur si elle ne pouvait pointer vers une solution ? Était-il préférable de tout cacher et de passer à autre chose ?

 

Après longues réflexions, j’en suis venu à la conclusion que La Boue représente une descente aux enfers d’un homme qui a essayé de trouver dans le morbide une vérité à l’absurdité de l’existence. Le fait qu’il n’y a trouvé que sa propre destruction représente un avertissement que cette voie est stérile et ne devrait pas être empruntée sinon qu’en tant qu’exercice de pensée. Comme de fait, après avoir fait ce parcours, je suis maintenant plus à même d’accepter d’aller vers des voies plus positives dans ma propre vie et laisser de côté la fascination du morbide. Le témoignage de plusieurs lecteurs semble aussi aller dans ce sens.

 

Depuis, j’ai été surpris de découvrir qu’il existe chez les anglophones une expression nommée « nostalgie de la boue » (en français dans le texte) qui signifie un désir de retour à un mode plus primitif, plus simple, et dépravé. Finalement, cette notion décrit bien La Boue, il me semble.

 

Ultimement, La Boue est un message adressé à moi-même par mon inconscient. Plus de 20 ans après avoir enfin écrit la fin, cette histoire continue de me faire réfléchir et de me questionner sur son sens profond. Je crois que, malgré les apparences, il peut avoir un impact positif, si ce n’est que parce qu’il porte en son cœur un avertissement.

 

 

[1] Inception, (Origines), C.Nolan, avec L. DiCaprio, K.Watanabe, J.Gordon-Levitt, M.Cotillard, E.Page, États-Unis, 2010, science-fiction, 148 minutes.

 
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